Mont Rose

Notre plan B inespéré pour remplacer l’ascension du Mont Blanc.

Nous sommes dimanche 04 Juillet. Une date que j’attendais et redoutais en même temps.
Marion (avec qui j’ai fait le Grand Paradis cette année) devrait arriver vers midi.

J’ai fait une bonne grâce matinée ce matin, pour récupérer au maximum.

Je me décide de partir au centre-ville de Chamonix pour aller trouver des chaussures à louer.
Il pleuvine, le temps est très maussade ce matin.
Je trouve un magasin de sport assez vite. J’explique au vendeur que je cherche à louer de nouvelles chaussures d’alpinisme. En mesurant mon pied, je me rends compte que j’avais pris la taille exacte de chaussures et forcément, ça ne pouvait pas aller. Il faut au moins 1 à 2 pointures de plus dans ces chaussures. Pas étonnant que j’avais mal aux pieds…
Les premières qu’il me fait essayer me font tout aussi mal.
Il y a un plan incliné qui permet d’avoir les vraies sensations de la descente et c’est une cata.
On en réessaye d’autres : pareil.
Du coup on prend 1.5 pointures de plus. Et là, enfin, je n’ai plus mal aux pieds !
Je suis sauvée !

Le vendeur me dit de passer les rechercher vers 16h pour ne pas que ça me compte 1 jour supplémentaire de location.
Je remonte faire du shopping dans le magasin, avec la pluie qui tombe, je n’ai pas envie de me faire rincer.
Marion arrive vers 12h.
On continue le shopping, car elle a besoin d’un piolet.
Elle le trouve facilement. Tous les gens à qui ont dit qu’on va faire le Mont Blanc nous disent « vous avez pris les skis?? ». Ça commence sérieusement à nous inquiéter…
On sait qu’il y a une petite fenêtre météo le mardi, et qu’il faudra donc faire d’une traite le refuge Tête Rousse au sommet, soit 1700 mètres de dénivelé en altitude…
Autant dire que ça risque vraiment d’être rude.

Après la session shopping, on part se trouver un petit restaurant. Il pleut des cordes… s’il neige là-haut ce qu’il pleut ici, on est mal !

Arrivées au dessert, le guide m’appelle….
On se dit « c’est l’heure du briefing ».
Et là, il nous annonce qu’il y a effectivement une petite fenêtre météo le mardi, comme on l’avait vu, mais une chose à laquelle on n’avait pas pensé vient se rajouter à ça : le vent.
D’après notre guide, les chances d’arriver au sommet seront extrêmement faibles… car ils annoncent des rafales à 80km/h. A savoir qu’il y a des passages sur des arrêtes… là ça risque d’être compliqué (surtout dangereux).
Après quelques phrases, je comprends que le Mont Blanc va s’annuler comme ça… en 30 secondes, après des mois de préparation.
C’est dur.
Je vois Marion qui est bouche bée…
Le guide nous conseille donc d’annuler car honnêtement, il n’y a pas d’intérêt de le tenter.

Je raccroche et on essaye d’avaler la nouvelle.
Quelle déception.
Marion a fait 5h30 de route pour venir à Chamonix. Vu le temps de merde, clairement s’il n’y a pas de Mont Blanc, elle repart illico chez elle. Et moi aussi.

On se décide d’envoyer un message à notre guide pour voir s’il pourrait pas nous proposer une autre sortie.
Il me rappelle direct et effectivement, c’est possible.
Il nous propose d’aller en Vanoise au départ. Mais c’est vrai qu’on est moyennement motivées.
Je parle du Mont Rose car c’était un massif qu’on voulait faire l’année prochaine, et là, tout de suite le guide me dit « Ha ben oui, je regarde la météo, j’appelle le refuge et je vous redis! ».
Il nous rappelle 5 minutes après pour nous annoncer qu’on va pouvoir aller au Mont Rose ! La météo y sera plus clémente, et il reste 3 places au refuge !
On est comme des dingues ! Finalement la déception aura été vite remplacée !
Ascenseur émotionnel…

Finalement, c’est même presque « soulagée » que j’ai pris la chose. Car tenter le Mont Blanc avec les conditions actuelles… je n’étais pas très rassurée. Ça aurait été déjà dur en temps normal mais là…
Je fais à 100% confiance à notre guide. S’il nous dit que les conditions vont être exécrables, il faut le croire.
Donc le plan B est juste parfait !
Demain on part en Italie !!!

On continue notre shopping toute la journée du coup. On est vraiment contentes de la tournure des choses.
La météo reste exécrable par contre… c’est impressionnant ce qu’il tombe, quel « été » !

En rentrant à l’hôtel, on prépare nos sacs d’alpi ensemble pour être sures de ne rien avoir oublié.
Nous partons manger au centre-ville.

C’est au restaurant que la compagnie m’appelle (celle avec laquelle on est passées) pour nous dire que les conditions ne seront peut-être pas si mauvaises au Mont Blanc. Qu’on devrait tenter…
On a vraiment trouvé ça très limite venant de la compagnie…
Notre guide a été clair avec nous : les conditions vont être horribles. C’est clairement du suicide de partir sur le sommet avec ce qu’ils annoncent.
Mais pour ne pas nous rembourser, la compagnie était prête à tout ! Même à me dire que les autres cordées avaient gardées leur réservation (tant mieux pour eux) et que monter au Goûter était déjà « une belle expérience »…. Désolée mais je ne paye pas 1300€ pour monter au Goûter !
On a eu la chance d’avoir un guide professionnel qui nous a exposé clairement les choses, donc on ne va pas tenter un truc infaisable…les autres cordées n’ont visiblement pas eu cette chance.
C’est déçu qu’il raccroche. Et nous aussi, déçues de la compagnie qui aurait tout fait pour nous envoyer au casse-pipe… un peu limite.

Le lendemain, on déjeune à l’hôtel et nous partons assez vite de Chamonix pour rejoindre Pré Sans Didier en Italie.
Le passage du tunnel du Mont Blanc est vraiment une partie ultra stressante pour moi…
Aujourd’hui je vais devoir me confronter à ma claustrophobie… le tunnel, les téléphériques…
L’angoisse monte gentiment… mais Marion me parle pendant la traversée des 11 kilomètres sous le Mont Blanc.
C’est interminable. Mais enfin, nous arrivons à Courmayeur.
On se décide de s’arrêter un peu vu qu’on est en avance, pour s’acheter du pain et un bonnet pour Marion. On avait fait toutes les boutiques de Chamonix sans pouvoir mettre la main sur un qui convenait !
On a eu plus de chance, en 5 minutes, Marion a trouvé enfin le bonnet qu’elle cherchait !

Après la petite balade à Courmayeur (et tous ces magasins de sport), nous partons pour Pré Saint Didier.
On va attendre le guide sur un parking…
Il a un peu de retard dû au Tour de France et aux travaux.
Nous reprenons ensuite tous les 3 la route pour Gressoney…
La route est interminable. Je suis malade en voiture en général et là, j’ai beau être devant, je ne me sens vraiment pas au top… mais bon, après 1h45 nous arrivons enfin aux caisses du téléphériques.
Il y a une pause entre 12h et 13h45, on va donc devoir attendre un peu pour prendre place dans les « œufs ».
Le guide me dit que le premier va durer environs 10 min (là j’ai juste envie de mourir). Le deuxième aussi (et donc deuxième envie de mourir) et le dernier 5 min (la seule bonne nouvelle) 😅.

On prend les billets et c’est partit… l’angoisse commence 😅.
J’essaye de me focaliser sur la discussion entre Marion et le guide… ça marche.
Le premier trajet se finit enfin. On monte dans le deuxième…. idem.
On doit marcher un peu pour prendre le troisième qui va nous emmener à 3200 m d’altitude.
Tout se passe finalement bien et nous prenons la direction du refuge.
On voit directement un bouquetin en arrivant 😍.
On doit escalader des parties, le guide a choisi exprès ces passages un peu technique pour nous faire notre expérience.
Il y a des immenses échelles à escalader… avec mes chaussures de 15 tonnes, j’ai quand même bien moins de fluidité qu’avec mes chaussures de trail ! 😅

On arrive assez vite au refuge Mantova à 3500 mètres d’altitude.
La vue est bouchée mais j’ai espoir pour demain. Par moment, on aperçoit les sommets du Mont Rose…


Ils nous ont mis au refuge d’hiver, on a une chambre pour 4 au fond du « garage », il fait -10 degrés mais au moins, on a une place !

Vu que l’on est arrivés tôt, le guide part se reposer et nous on va se boire un coup avec Marion.
Et là, je tombe sur mon ancien prof d’escalade (non mais le monde est petit !!!). Du coup, on discute un coup avec lui.
Il nous rassure sur le fait que tenter le Mont Blanc avec ces conditions aurait été de la folie… comme quoi, encore un guide qui nous dit la même chose ! La compagnie n’a vraiment pas été pro…



La vue se dégage totalement par moment… magique.
L’heure de manger arrive et pour la première fois dans un refuge : je mange trop bien !

On part au lit vers 21h30.
Evidemment, je ne dors quasiment pas…
Et à 3h40 le réveil sonne. Je suis levée vers 3h30 par anticipation, je me prépare et nous partons au petit déjeuner à 4h.
J’ai entendu pas mal le vent cette nuit et je me dis que les conditions vont être quand même sacrément venteuses demain…

4h40, on sort avec nos frontales et bien habillés car le vent est quand même glacial.
J’adore cette ambiance… il fait nuit. Une belle aventure nous attend…
Nous sommes prêts à partir découvrir ce massif imposant !

Nous entamons notre ascension gentiment mais sûrement sous un ciel étoilé.
On est tous dans notre monde… le silence. Juste le bruit des crampons sur la neige gelée. Et le vent par moment qui se décide à se durcir.
Les yeux s’habituent vite à la nuit, on voit la lune, les étoiles, la neige qui se reflète et les frontales de tous les alpinistes qui brillent de partout…

Arrivés à un petit col, le guide nous encorde.
Le soleil commence gentiment à ponter le bout de son nez… moment magique où les couleurs se réveillent…

On continue notre ascension. Le soleil aussi d’ailleurs.
Petit à petit, tout s’illumine…
Je suis sur un nuage, c’est absolument magique.
Comme une impression d’être réellement au Bon endroit au Bon moment… je savoure pleinement ma chance.

Lune devant Pyramide Vincent

Au loin, le Mont Blanc se drape de Rose…
On se dit que ceux qui ont tenté ce matin tôt ont surement eu l’occasion d’atteindre le sommet. Ça n’aurait pas été notre cas, car nous serions arrivés bien plus tard…
Le spectacle est magique.
A aucun moment je n’ai regretté d’être sur le Mont Rose.

On passe par un endroit très crevassé… assez impressionnant d’enjamber ça…

Après un petit arrêt ravitaillement, nous repartons. Le soleil nous a atteint et nous réchauffe directement.
Au loin, des alpinistes sont en train de grimper une jolie crête.

Le vent se renforce…c’est là qu’on se dit qu’on aurait carrément galérer au Mont Blanc… car ici, pour l’instant, on ne traverse rien de technique, mais sur une crête avec ses rafales…. c’est une autre histoire !


Après une pause pour s’habiller plus, nous repartons dans le vent… notre objectif est en vue, au loin.

La vue sur le Cervin est sublime… un nouveau point de vue !

Dernière grosse montée avant d’arriver à la Cabane Margherita à 4559 mètres…. la plus haute cabane d’Europe !
La pente est raide et c’est assez étroit. On a laissé nos bâtons en bas pour utiliser les piolets sur cette dernière portion.

La vue est incroyable !
C’est vraiment spectaculaire…

On va se prendre un petit café à la cabane pour se réchauffer.
L’ambiance y est très particulière…
Puis on repart pour retourner à la cabane Mantova. Le vent s’est intensifié, les nuages arrivent gentiment, il est temps de repartir !

Le temps commence vraiment à changer… et très vite.
Ils l’avaient annoncé dans les prévisions.

En quelques secondes, on se retrouve dans un nuage… à ne plus voir à 20 mètres.
Heureusement, nous avions un guide en qui j’avais pleinement confiance, mais ce genre de météo peut-être vraiment vite devenir problématique.

Après quelques dizaines de minutes dans le nuage, le ciel bleu réapparaît, et la chaleur avec ! Je commence à avoir chaud comme jamais.
Nous arrivons au pied de la Pyramide Vincent, là où deux jeunes alpinistes ont perdu la vie 2 jours avant… prises dans l’orage, mortes d’hyperthermie. Terrible.

Nous arrivons gentiment à la cabane Mantova sous une chaleur folle.
Je pars directement me changer pour ne plus me sentir humide.
Quel bonheur.
On se décide à manger un bout (je prends de délicieuses gnocchis à la sauce aux noix).
Puis nous repartons vers 13h pour arriver dans les premiers au téléphérique.

C’est seulement après 14h15 que le téléphérique part enfin ! L’attente a été interminable…
On commence quand même a être bien crevés.

On voit pas mal de marmottes le long du chemin depuis nos œufs.

Nous arrivons vers 15h à la voiture et vers 17h à Chamonix.
Je dois aller reposer mes chaussures au centre-ville avant de reprendre la route pour rentrer à la maison.

Le Mont Rose a été notre Plan B somptueux…
Aucun regret. Comme quoi, rien arrive par hasard…
Le Mont Blanc attendra l’année prochaine ou plus tard encore… il y a assez de montagnes pour ne jamais s’ennuyer…


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